Les mentalités ne restent jamais figées, surtout chez les générations qui grandissent avec un téléphone greffé à la main et une conscience sociale affûtée. La Gen Z et, derrière elle, la Gen Alpha, ne voient déjà plus le sexe, le couple, le travail, ou même l’identité comme leurs parents. Alors forcément, leur regard sur l’escort ne sera pas le même non plus. Là où les générations précédentes mélangeaient honte, fantasme et hypocrisie, eux risquent de mélanger lucidité, pragmatisme… et contradictions XXL. Escorting = péché ou service? Exploitation ou empowerment? Ils vont répondre autrement, et ça va secouer le décor.
Une génération hyper-exposée, moins choquée, mais plus exigeante
La Gen Z a grandi avec le porno à portée de clic, les threads Twitter crus, les confessions TikTok sur le trauma, les relations toxiques et le ghosting. Rien ne les surprend vraiment, mais beaucoup de choses les fatiguent déjà. Ils ont vu la comédie du “grand amour” se fracasser sur le divorce de leurs parents, la mythologie du couple parfait exploser sur les réseaux, et la “pureté” affichée par certains adultes finir dans des scandales privés. Résultat: ils sont globalement moins choqués par le concept d’escort que leurs aînés, mais beaucoup plus vigilants sur ce qu’il implique réellement.

Pour eux, l’escort ne sera pas automatiquement un monstre ou une victime. Ce sera d’abord une personne qui vend un service dans un système qu’ils savent eux-mêmes brutal. Ils parleront plus facilement de travail du sexe, de consentement, de frontières, de droit à disposer de son corps. Une partie de la Gen Z trouvera ça “juste un job extrême dans un monde déjà extrême”, surtout dans les grandes villes où OnlyFans, cam, sugar et escorting cohabitent avec les stages non payés et les loyers impossibles.
Mais attention: moins de jugement moral ne veut pas dire carte blanche. La Gen Z est aussi très politisée, très sensible aux rapports de pouvoir, aux questions de genre, aux déséquilibres économiques. Ils poseront des questions que leurs parents n’osaient même pas formuler: qui contrôle vraiment l’argent? qui décide? qui est en danger? quelles protections existent? Ils pourront, dans la même phrase, dire qu’une escort doit être respectée comme travailleuse… et exiger que le système autour d’elle soit passé au crible. Moins de “c’est sale”, plus de “ok, mais dans quelles conditions?”.
Entre économie du créateur et intimité monétisée
Gen Z et Gen Alpha voient déjà le monde à travers les plateformes. Pour eux, gagner de l’argent en ligne en monétisant son image, ses talents, son corps ou sa personnalité n’est plus un truc marginal. C’est la “creator economy”. Influence, coaching, contenu payant, abonnements privés, sexting tarifé, GFE digital: tout ça s’inscrit dans la même logique. L’escort n’est plus un bloc séparé, mais un point sur un spectre.
Une partie de ces générations verrait donc l’escort comme la version la plus intense d’un modèle déjà familier: faire payer l’accès à soi. Accès à son temps, à son charme, à sa présence, à son intimité. Ce ne sera pas moins tabou, mais beaucoup plus compréhensible. Ils auront déjà vu des amis vendre des photos, des chats, des vidéos. L’idée que certains franchissent un cap de plus ne les choquera pas autant que leurs parents.
En même temps, ils seront beaucoup plus conscients de l’impact psychologique. Ils auront vu des créatrices cramer mentalement, des comptes s’effondrer, des gens regretter ce qu’ils ont exposé. Ils sauront que “monétiser l’intime” a un coût invisible. Du coup, ils auront un regard à la fois plus froid et plus lucide: escorting, ok, mais à quel prix mental? avec quelles limites? avec quelle stratégie de sortie?
Côté clients, un jeune de Gen Z ou Gen Alpha qui ira vers l’escort ne viendra pas forcément avec la même culpabilité que les générations d’avant. Il aura grandi dans une culture où tout s’achète, du skin dans un jeu à la thérapie en ligne. Il pourra voir ça comme une forme premium de self-care tordu: une parenthèse d’intimité sous contrôle. Mais il sera aussi plus sensible aux discours sur l’éthique, l’équilibre, l’exploitation. Le client complètement déconnecté de ces questions existera encore, mais il ne sera plus la norme silencieuse.
Moins d’hypocrisie, plus de contradictions assumées
Ce que ces générations vont vraiment exploser, c’est l’hypocrisie. Le double discours “on condamne mais on consomme” va devenir difficile à tenir face à des jeunes qui voient les stats, les témoignages, les discussions en ligne. Ils sauront que certains de leurs profs, collègues ou politiciens paient des escorts. Ils sauront que certaines de leurs amies vendent des contenus ou des moments. Tout est déjà documenté, archivé, partagé.
Pour la Gen Z et la Gen Alpha, la question ne sera donc plus “est-ce que ça existe?”, mais “qu’est-ce qu’on en fait collectivement?”. On peut très bien imaginer une partie d’entre eux militer pour un escorting plus encadré, plus sécurisé, plus transparent, avec des droits, des standards, des plateformes responsables. Une autre partie criera à la marchandisation ultime du corps et des émotions. Entre les deux, beaucoup vivront avec un regard nuancé: c’est problématique, mais c’est cohérent avec le monde dans lequel ils ont grandi.
Et c’est là que ça devient intéressant: ces générations sont capables de vivre avec des contradictions frontales. Elles peuvent être féministes et suivre une escort sur Insta, critiquer le capitalisme et payer pour du contenu privé, défendre la santé mentale et comprendre que certains choisissent des trajectoires risquées pour survivre. Elles ne résoudront pas tout, mais elles refuseront les réponses simplistes.
L’escort, vue par la Gen Z et la Gen Alpha, ne sera ni glorifiée, ni diabolisée de la même façon qu’avant. Elle sera un symptôme lisible d’un monde où les frontières entre public et privé, entre travail et intime, entre désir et business se sont presque dissoutes. Et l’homme de ces générations qui ira voir une escort ne pourra plus se raconter qu’il ne sait pas. Il saura très bien dans quoi il met les pieds. La vraie question sera: est-ce qu’il assume ce que ce choix dit de ses propres manques, de ses désirs, et de l’époque qui l’a fabriqué.